Les hauts et les bas du sud de la France : des Gorges aux Alpes

« Je t’envoie une carte des zones où des feux de forêt font encore rage ici. Tu devrais peut-être vérifier si elles se trouvent sur ton itinéraire. » 

Les points sur la carte, qui représentaient les zones d’incendie actives dans le nord de l’Espagne et au Portugal, ressemblaient en effet à une série de Waypoints disséminés le long de l’itinéraire que nous avions prévu.

L’été 2025 a battu tous les records en matière d’incendies de forêt en Europe. Les parcs nationaux ont été fermés, les visiteurs ont reçu l’ordre de ne pas s’y rendre, et même les habitants ont été confinés chez eux pendant plusieurs jours. En plus du message et de la carte, nos amis Enrique et Bego nous ont envoyé des vidéos des incendies qui faisaient rage de part et d’autre de l’autoroute alors qu’ils tentaient de rejoindre leur maison familiale près d’Orense, en Galice.

Il ne restait plus qu’une semaine avant notre départ et il était clair que nous ne pourrions pas faire le périple offroad que nous avions prévu. Nous n’avions pas pensé à prévoir un plan B.

Le circuit en 4×4 de fin d’été / début d’automne que nous avions prévu était la Route Trans-Cantabrique, qui traverse les régions côtières du nord de l’Espagne d’est en ouest : le Pays Basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice, avant de descendre vers le parc national de Peneda-Geres, dans le nord du Portugal. La première partie de cet itinéraire à travers le nord de l’Espagne suit globalement le tracé côtier du Chemin de Saint-Jacques, long de 500 km, un ancien chemin de pèlerinage menant à la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle, où les restes de l’apôtre saint Jacques (patron des pèlerins) ont été découverts au IXe siècle. Le Chemin de Saint-Jacques est l’un des itinéraires de pèlerinage les plus importants au monde et, même pour les non-chrétiens, il est considéré comme un voyage spirituel propice à l’introspection, au lâcher-prise du passé et à l’ouverture d’une nouvelle voie pour aller de l’avant. Ce pèlerinage transformateur est magnifiquement décrit dans le poème de David Whyte intitulé « Finisterre » (Le bout du monde), qui évoque l’arrivée à l’océan au terme du chemin de St Jacques. 

Mais, ne souhaitant pas déranger les pèlerins et à la recherche d’un peu plus d’aventure hors des sentiers battus que ne nous en offrait le Camino, nous avons tracé nos itinéraires un peu plus à l’intérieur des terres pour nous enfoncer dans les montagnes escarpées et les villages isolés, avec les Picos de Europa, au cœur de l’itinéraire nord, culminant à plus de 2 600 m. C’était l’une des zones où un incendie de forêt faisait encore rage, et nous avons vu sur le site Internet du parc des avertissements informant les visiteurs que le parc était fermé et que tout véhicule non-autoriser sur les sentiers forestiers de cette zone serait passible d’une amende.

Nous avons hésité, cherché des itinéraires alternatifs pour contourner les zones les plus touchées, et nous avons rapidement compris qu’il serait dangereux pour nous de camper en pleine nature dans l’une de ces zones et que les autorités locales avaient mieux à faire que de s’inquiéter des passionnés de tout-terrain qui s’amusent dans l’arrière-pays, augmentant ainsi le risque de nouveaux incendies.

N’ayant guère le temps d’élaborer un plan B, le thème de voyage le plus pertinent qui nous soit venu à l’esprit dans un délai aussi court était de simplement nous rendre dans un endroit épargné par les incendies, et de préférence avec des sentiers tout-terrain techniques et des paysages spectaculaires. Nous avons jeté notre dévolu sur les Alpes du Sud, le long de la frontière franco-italienne, mais comme il fallait parcourir plus de 700 km sur des routes secondaires pour atteindre la région (environ 12 heures au volant de la Brick), nous avons décidé d’ajouter un défi à l’aventure : aller de Toulouse aux Alpes franco-italiennes exclusivement par des pistes tout-terrain.

En commençant à explorer la myriade de sentiers possibles et à tracer un itinéraire plus ou moins circulaire (tout en ajoutant de petits détours pour rendre visite à des amis et à la famille en cours de route), nous avons découvert qu’entre nous et les Alpes s’étendait un labyrinthe de canyons et de gorges, certains peu connus, d’autres nichés au cœur de sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et de réserves de la biosphère. Notre projet était né : « Les hauts et les bas du sud de la France : des gorges aux Alpes ».

En 21 jours, le Brick nous a emmenés sur près de 3 000 km, du fond des gorges jusqu’à certains des itinéraires les plus élevés des Alpes, à travers un kaléidoscope de paysages changeants qui nous a laissés sans voix. Grâce à un changement de programme de dernière minute, nous avons réussi à organiser un voyage inoubliable à travers certains des paysages géologiques les plus remarquables d’Europe.

Le caractère improvisé de ce voyage ne nous a pas laissé beaucoup de temps pour organiser des entretiens ou réaliser des portraits des personnes rencontrées en chemin, mais nous avons glissé dans le récit de voyage ci-dessous quelques aperçus de la vie vue à travers les yeux d’un berger confronté aux complications complexes et déchirantes (!) causées par la réintroduction des loups dans la région, et à travers des yeux d’un conteur professionnel qui parcourt les villes pour faire vivre cet art proprement humain. (Voir l’ouvrage de Kevin Ashton, The Story of Stories : The Million-Year History of a Uniquely Human Art).

(Article complet en cours de rédaction)

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