
De la Méditerranée à l’Atlantique le long de la Transpyrénéenne
Dans son ouvrage primé, On Trails : An Exploration (sur les chemins : une exploration), Robert Moor explore les mystères de la création des sentiers : pourquoi certains se développent tandis que d’autres disparaissent, et comment décrypter l’histoire de ces chemins qui ne se contentent pas de suivre la voie de la moindre résistance pour relier deux points.
Les sentiers nous mènent d’un lieu significatif à un autre. Ils naissent d’une intuition initiale, l’espoir de trouver mieux de l’autre côté. Si cette intuition s’avère juste et que l’éclaireur parvient à regagner son point de départ, d’autres emboîtent le pas. Ces chemins conduisent les hommes vers leurs semblables, vers des ressources ou, au gré des saisons, vers des climats plus cléments. Ils mènent à des lieux sacrés ou contournent largement les endroits jugés néfastes, des lieux dont la perception a évolué au fil du temps selon les cultures et les alliés et les ennemis changeants. Des tracés plus récents guident simplement le voyageur vers des sites magnifiques, empruntant souvent des montées ou des descentes peu pratiques qui défient toute autre logique d’existence.
Les sentiers des Pyrénées mènent là où erraient autrefois les derniers dinosaures d’Europe.
Ils témoignent d’une occupation préhistorique antérieure au Néolithique, époque où des chasseurs-cueilleurs nomades migraient le long de ces voies tout en s’adaptant au réchauffement du climat. Nombre de leurs récits ont été illustrés par de l’art rupestre et des artefacts découverts le long de ces chemins.
C’est par ces sentiers qu’Hannibal et ses éléphants de guerre ont transité de Carthage vers Rome, traversant les Pyrénées avant les Alpes. À leur tour, les Romains ont emprunté ces voies et y ont construit routes, canaux, postes militaires, temples et établissements thermaux exploitant la vapeur géothermale s’échappant de la roche.
Les Maures d’Al-Andalus ont parcouru ces chemins pour piller des villes françaises, ne s’arrêtant que lorsqu’ils furent repoussés à Poitiers, au cœur de la vallée de la Loire.
Ces sentiers constituaient la véritable artère vitale des tribus agricoles locales, reliant les villages entre eux pour assurer sécurité et échanges, alors que se succédaient les vagues d’envahisseurs.
Ils ont également servi de voies d’échappatoire à des générations de contrebandiers et de bandits, à des groupes religieux persécutés comme les Cathares, ainsi qu’aux résistants durant la guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, ces mêmes sentiers permettent aux voyageurs de traverser certains des paysages les plus spectaculaires d’Europe et de découvrir trois Géoparcs de l’UNESCO : des sites et paysages d’importance géologique internationale, gérés selon une approche globale alliant protection, éducation et développement durable.
La traversée des Pyrénées, ou simplement la « Transpyrénéenne », est considérée comme l’un des grands itinéraires tout-terrain classiques d’Europe. Elle s’étend de la Méditerranée à l’Atlantique, couvrant environ 500 kms à vol d’oiseau mais plus de 1 000 km via un réseau de pistes serpentant entre montagnes et gorges, reliant des villages, dont certaines sont abandonnées depuis longtemps, et alternant montées et descentes, avec des passages dépassant les 2 000 mètres d’altitude et des sommets culminant à plus de 3 000 mètres.
Pour les randonneurs, cet itinéraire correspond généralement au GR 10 côté français ou au GR 11 côté espagnol. Pour les amateurs de 4×4, la Transpyrénéenne ne se résume pas à une piste unique, mais forme une véritable toile d’araignée d’itinéraires et de chemins variés : on y trouve aussi bien des pistes forestières bien entretenues que des passages plus techniques nécessitant du matériel de dépannage et une certaine maîtrise du franchissement et ‘rock crawling’ (bien que des itinéraires alternatifs soient presque toujours possibles).
Nous pouvons apercevoir les Pyrénées depuis notre jardin et rejoindre les sentiers en deux heures environ. Nous avons parcouru l’intégralité de l’itinéraire reliant la Méditerranée à l’Atlantique à deux reprises : une fois avec The Brick et une autre avec notre moto Super Ténéré 1200. Nous en refaisons régulièrement certains tronçons ou en explorons de nouveaux dès que l’occasion se présente.
Toutefois, cette proximité a un inconvénient : nous n’avons jamais vu la traversée des Pyrénées comme une véritable aventure d’overlanding à part entière et n’avons donc jamais documenté nos périples autrement que par quelques photos et vidéos. Si la région n’offre pas l’exotisme de l’Algérie, par exemple, nous y avons fait des rencontres fascinantes : bergers et propriétaires terriens dont les familles vivent dans ces zones reculées depuis des générations, commerçants de villages menacés de disparition, ou encore bohèmes en quête d’un mode de vie alternatif au sein de communautés dédiées. Avec le lancement de L’Attitude Exploration et une vision plus claire de ce qui constitue pour nous un voyage riche de sens, nous espérons partager certaines de ces histoires dans de futurs articles. En attendant, nous espérons que vous apprécierez les photos et les vidéos !
Aucune traversée des Pyrénées ne saurait être complète sans passer un moment dans les vagues du Pays basque au bout d’un long sentier poussiéreux. Une baignade au coucher du soleil à Seignosse dans les Landes nous a offert un au revoir spectaculaire, avec un magnifique exemple d’interférence constructive créée par le croisement des vagues, autrement dénommée par houle croisée ou contre houle.
